Comprendre un parfum5 min de lecture
EDT, EDP, Extrait, Elixir : tout comprendre sur les concentrations de parfum
Ce que les sigles indiquent réellement, pourquoi ils ne sont encadrés par aucune loi, et pourquoi l'eau de toilette d'un parfum n'est presque jamais son eau de parfum diluée.

EDT, EDP, Extrait, Elixir : ces mentions figurent sur chaque flacon et servent d'argument de vente permanent. Elles disent quelque chose de réel, mais beaucoup moins que ce qu'on leur fait dire.
Cet article complète les bases de la parfumerie.
Aucune de ces mentions n'est encadrée par la loi
C'est le point de départ, et il est rarement mentionné en boutique : il n'existe aucune définition légale de l'eau de toilette, de l'eau de parfum ou de l'extrait. Les fourchettes que l'on cite partout sont des usages professionnels, largement respectés, mais qu'aucune maison n'est tenue d'appliquer.
Rien n'interdit donc à une marque d'appeler « eau de parfum » un jus dosé à 12 %, ni « extrait » une composition à 18 %.
| Mention | Concentré odorant, en usage | Tenue observée le plus souvent |
|---|---|---|
| Eau de Cologne | 2 à 5 % | 1 à 2 heures |
| Eau de Toilette | 5 à 15 % | 3 à 5 heures |
| Eau de Parfum | 15 à 20 % | 5 à 8 heures |
| Extrait, Parfum | 20 à 40 % | 8 heures et au-delà |
| Elixir, Intense, Absolu | Variable, souvent au-delà de 20 % | Variable |
Les durées de la dernière colonne sont indicatives : elles dépendent au moins autant de la composition et de la peau que du pourcentage.
L'eau de toilette n'est pas l'eau de parfum diluée
C'est l'idée reçue la plus tenace, et la plus coûteuse en achats ratés.
Quand une maison décline un parfum en plusieurs concentrations, le parfumeur réécrit la formule. Densifier simplement le concentré déséquilibrerait la composition : les notes de fond écraseraient la tête, certaines matières deviendraient envahissantes. Il faut donc réajuster les dosages, parfois remplacer des matières.
Conséquence pratique : l'eau de toilette et l'eau de parfum d'un même nom peuvent avoir un caractère nettement distinct. Il est parfaitement cohérent de préférer l'une et de ne pas aimer l'autre. Ce ne sont pas deux intensités du même parfum, ce sont deux parfums cousins.
Ce que chaque format fait bien
L'eau de toilette convient aux constructions légères, hespéridées, aromatiques, aux climats chauds et aux contextes où l'on ne veut pas s'imposer. C'est aussi un bon format de découverte d'une maison.

L'eau de parfum est aujourd'hui le format dominant en niche. Elle offre le meilleur compromis entre lisibilité de la composition, tenue et prix, et c'est généralement par elle qu'il faut découvrir un parfum complexe.
L'extrait est le plus dense et le moins alcoolisé. Il se tapote plutôt qu'il ne se vaporise, en très petite quantité. Détail contre-intuitif : sa projection immédiate est souvent plus discrète que celle d'une eau de parfum, parce que l'alcool, qui sert de vecteur de diffusion, y est moins présent. Il tient en revanche bien plus longtemps, au plus près de la peau.
L'elixir n'est pas un niveau technique mais un nom commercial, apparu récemment. Selon les maisons, il désigne une version plus concentrée, une variation de la formule, ou les deux. Il faut le lire comme un nom de version, pas comme une garantie de pourcentage.
Quelle concentration choisir
| Situation | Format à privilégier |
|---|---|
| Découvrir une maison inconnue | Eau de parfum, ou échantillon |
| Forte chaleur, bureau, transports | Eau de toilette |
| Composition boisée ou ambrée que l'on veut porter longtemps | Extrait |
| Parfum déjà connu et aimé, envie d'aller plus loin | Elixir ou extrait de ce parfum précis |
| Budget contraint | Eau de toilette d'une belle maison plutôt qu'extrait d'une maison quelconque |
Cette dernière ligne mérite d'être soulignée : la qualité des matières et la justesse de la composition comptent davantage que le taux de concentration. Une eau de toilette bien construite vaut mieux qu'un extrait bâclé.
Ce que le prix reflète vraiment
Le prix d'un flacon ne mesure pas la concentration. Il additionne le coût des matières premières, qui peut varier dans un rapport de un à cent selon qu'il s'agit de muscs de synthèse ou d'absolue d'iris, le flaconnage, la distribution, la communication, et la marge.

Un extrait n'est donc pas « le même parfum en mieux » vendu plus cher : c'est un produit différent, dont le surcoût tient autant au format qu'au positionnement.
La suite
La question du prix des matières mène directement à celle de leur nature. C'est tout l'objet de matières naturelles ou synthétiques.
Pour comparer plusieurs concentrations d'un même parfum côte à côte, il faut une boutique qui les propose toutes : l'annuaire recense les multi-marques de France et de Belgique.
Sources
- Société française des parfumeurs, usages professionnels de dénomination
- Règlement (CE) n° 1223/2009 relatif aux produits cosmétiques, qui encadre la sécurité et l'étiquetage sans définir les dénominations de concentration


