Notes et matières premières24 min de lecture
La note de thé en parfumerie
Le thé n'est pas une matière première mais une impression, presque toujours reconstruite en accord. Feuille sèche, infusion chaude, thé fumé : comment les parfumeurs la fabriquent.

La note de thé n’est pas une matière première unique ni une odeur parfaitement codifiée. C’est surtout une impression olfactive, généralement construite par un accord, qui peut évoquer la feuille sèche, l’infusion chaude, la vapeur, la feuille humide, le thé fumé ou simplement l’univers émotionnel du thé. Autrement dit, un parfum annoncé comme « au thé vert » ne contient pas nécessairement une grande quantité d’extrait de thé vert. Il peut contenir un extrait naturel, une base de thé, des molécules de synthèse, du maté, des notes vertes, florales, boisées ou fumées, ou un mélange de tout cela. Dans la pratique, le thé est très souvent reconstruit comme un accord.
Pourquoi le thé est une note particulièrement intéressante
Le thé est intéressant pour le parfumeur parce qu’il se situe à la frontière de plusieurs familles :
- verte et végétale, avec l’odeur de feuille froissée, de sève ou d’herbe fraîche ;
- florale, notamment avec le jasmin, l’osmanthus, la rose ou la fleur d’oranger ;
- fruitée, avec des facettes d’agrumes, de pêche, d’abricot, de fruits secs ou de fruits mûrs ;
- boisée et sèche, évoquant le foin, le tabac, le papier ou le bois de cèdre ;
- torréfiée, avec des effets de châtaigne, de céréale, de noisette, de caramel ou de café ;
- fumée, surtout dans les accords de thé noir fumé ou de Lapsang Souchong ;
- terreuse et minérale, dans les interprétations de pu-erh ou de thés vieillis ;
- musquée et transparente, lorsqu’il est utilisé dans une construction propre, aérienne et contemporaine.
C’est donc une note très modulable. Elle peut donner de la fraîcheur à un parfum, mais aussi du relief, de la sécheresse, de la profondeur ou une sensation de calme.
Feuille sèche, infusion et vapeur
Il faut distinguer trois objets olfactifs très différents.

La feuille sèche
Elle évoque davantage :
- la feuille verte ou brunie ;
- le foin et la paille ;
- le tabac blond ;
- le bois sec ;
- la poussière végétale ;
- les fruits secs ;
- le côté torréfié ou fumé.
C’est souvent cette facette qui donne au parfum son aspect sec, texturé, végétal ou tannique.
L’infusion
L’infusion est plus aérienne et plus volatile. Elle peut évoquer :
- la chaleur ;
- la vapeur ;
- l’eau chaude ;
- une floralité diffuse ;
- des agrumes ;
- du miel ;
- une sensation légèrement fruitée ou ambrée.
La composition odorante d’une feuille sèche n’est pas identique à celle de l’infusion. Certaines molécules sont libérées ou deviennent plus perceptibles pendant le brassage. Des travaux sur le thé de Darjeeling montrent par exemple que certains odorants importants sont davantage présents dans l’infusion que dans les feuilles sèches.
La feuille humide
La feuille après infusion possède encore une identité propre, souvent plus :
- verte ;
- humide ;
- minérale ;
- terreuse ;
- végétale ;
- légèrement fermentée.
En parfumerie, cette impression est intéressante pour créer un thé moins « propre » et plus naturel, plus proche de la plante.
Les grands styles de thé en parfumerie
Les catégories de thé correspondent principalement à des différences de traitement de la feuille : flétrissage, oxydation, torréfaction, vieillissement ou fumage. La matière botanique reste généralement la même, Camellia sinensis, mais son odeur change beaucoup selon le procédé.

| Style | Impression olfactive typique | Traduction en parfumerie |
|---|---|---|
| Thé vert | Feuille fraîche, herbe, vapeur végétale, sève, parfois châtaigne ou algue | Fraîcheur, transparence, effet propre et végétal |
| Thé blanc | Floral, doux, tendre, fruité, légèrement miellé ou pailleux | Accord pâle, musqué, délicat, souvent associé à l’univers spa |
| Oolong | Floral, fruité, lacté, miellé, boisé ou torréfié selon le degré d’oxydation | Thé plus complexe, élégant, floral et texturé |
| Thé noir | Miel, fruits secs, bois, tabac, foin, cuir, fruits mûrs | Accord plus profond, chaud, sec ou sensuel |
| Pu-erh | Terre humide, sous-bois, écorce, cave, bois ancien, champignon | Thé sombre, mystérieux, minéral et parfois animal |
| Lapsang Souchong | Fumée de pin, bois brûlé, résine, goudron, cendre | Accord fumé, cuiré, boisé, ambré ou encensé |
Thé vert
C’est la version la plus immédiatement reconnaissable dans la parfumerie moderne. Il peut être :
- frais et herbacé ;
- légèrement métallique ou marin ;
- croquant et citronné ;
- floral et transparent ;
- torréfié lorsqu’il évoque un thé japonais comme le hojicha ;
- plus dense et végétal dans le cas du matcha.
Le thé vert parfumé peut aussi présenter une facette de châtaigne, de feuille cuite ou de céréale, notamment lorsque les feuilles ont été chauffées ou torréfiées.
Thé blanc
Le thé blanc est généralement interprété comme un thé très doux, floral et propre. Il ne produit pas forcément une odeur puissante de feuille. En parfumerie, il sert souvent à créer une impression :
- lumineuse ;
- cotonneuse ;
- légèrement savonneuse ;
- musquée ;
- aérienne ;
- calme et confortable.
Il s’agit toutefois d’une convention olfactive. « Thé blanc » peut aussi être un langage marketing pour désigner un accord blanc, propre et doux.
Oolong
L’oolong est probablement l’une des matières les plus intéressantes pour la création, car son profil est très large. Un oolong peu oxydé peut être floral et frais, tandis qu’un oolong plus travaillé ou torréfié peut devenir :
- miellé ;
- fruité ;
- lacté ;
- boisé ;
- noisetté ;
- minéral ;
- grillé.
Les recherches montrent que le cultivar et le mode de transformation influencent fortement son profil, notamment les facettes florales, fruitées et fraîches.
Thé noir
Le thé noir donne souvent une impression plus riche et plus sombre. Il peut évoquer :
- le tabac blond ;
- le foin ;
- le cuir ;
- le miel ;
- les fruits secs ;
- le bois ;
- la prune ou le raisin sec ;
- une légère fermentation ;
- parfois le malt ou la céréale.
Il ne faut pas confondre thé noir et thé fumé. Un thé noir peut être très floral ou miellé sans être fumé.
Pu-erh
Le pu-erh, ou thé sombre, est généralement associé au vieillissement et à la post-fermentation. En parfumerie, il est rarement traité de manière littérale. Il inspire plutôt :
- le bois humide ;
- le sous-bois ;
- la terre ;
- la mousse ;
- le cuir ;
- le tabac ;
- l’encens ;
- une impression de cave ou de matière ancienne.
C’est une interprétation plus niche, souvent plus sombre et moins « propre » que le thé vert.
Thé fumé
Le Lapsang Souchong est un thé noir fumé au bois, traditionnellement au bois de pin. L’analyse de ses composés montre une augmentation de certains terpènes de pin et de phénols de fumée, comme le gaïacol et certains méthoxyphénols.
En parfumerie, cela peut devenir :
- fumée de bois ;
- feu de cheminée ;
- résine ;
- goudron ;
- cuir ;
- cèdre brûlé ;
- encens ;
- tabac.
Le dosage doit être extrêmement contrôlé, car l’accord peut rapidement basculer vers la fumée de barbecue, le goudron ou le médicament.
Les cas voisins : matcha, Earl Grey, maté et rooibos
Le matcha
Le matcha est un thé vert réduit en poudre, dont la feuille entière est consommée. Son profil est donc souvent perçu comme plus dense que celui d’une infusion classique :
- végétal ;
- herbacé ;
- poudré ;
- crémeux ;
- légèrement amer ;
- parfois proche de l’herbe de blé ou du sésame.
En parfumerie, il est très souvent associé à :
- la figue ;
- le sésame ;
- l’orange amère ;
- le chocolat blanc ;
- le lait ;
- le bois de cèdre ;
- le vétiver ;
- le jasmin.
Le matcha fonctionne particulièrement bien dans les accords verts-gourmands, où son amertume végétale contraste avec une facette crémeuse ou sucrée.
L’Earl Grey
L’Earl Grey n’est pas une variété botanique de thé. Il s’agit traditionnellement d’un thé noir parfumé à la bergamote. Olfactivement, c’est donc : thé noir + zeste d’agrume + amertume de bergamote + floralité fraîche. En parfumerie, l’Earl Grey peut être représenté par une combinaison de thé, bergamote, agrumes, muscs, bois et parfois une facette de concombre ou de cire.
Le maté
Le maté, ou yerba maté, provient de Ilex paraguariensis, et non de Camellia sinensis. Il est néanmoins très utilisé dans les accords de thé. Il apporte souvent :
- une amertume verte ;
- une facette herbacée ;
- du foin ;
- du tabac ;
- du cuir ;
- une impression légèrement métallique ou fumée.
Le maté est particulièrement utile pour donner plus de caractère et de profondeur à un accord de thé vert ou de thé noir.
Le rooibos
Le rooibos est une infusion sud-africaine, pas un véritable thé. Son profil est généralement plus doux et plus chaleureux :
- bois ;
- miel ;
- caramel ;
- vanille ;
- herbe sèche ;
- terre ;
- douceur légèrement fumée.
En parfumerie, il se rapproche davantage d’un accord boisé, ambré et légèrement gourmand que d’un thé vert croquant.
Les matières premières utilisées
L’absolue de thé
Il existe des absolues de feuilles de thé, notamment de thé vert et de thé noir. Elles peuvent présenter des facettes :
- herbacées ;
- boisées ;
- tabac ;
- cuir ;
- foin ;
- balsamiques ;
- ambrées ;
- légèrement amandées.
Une absolue de feuille de thé n’a pas forcément l’odeur d’une tasse de thé. Elle peut être plus sombre, plus sèche et plus végétale. L’absolue est généralement obtenue par extraction des feuilles sèches avec un solvant, puis transformation en concrète et purification à l’alcool. La matière peut être liquide, visqueuse ou pâteuse selon le fournisseur et le degré de purification.
L’extrait CO₂ ou SFE
Les extraits au CO₂ supercritique sont également documentés. La technologie utilise du dioxyde de carbone sous pression, à relativement basse température, ce qui permet de préserver certaines facettes sensibles à la chaleur. Un extrait de thé noir SFE de dsm-firmenich est décrit comme :
- thé noir typique ;
- feuille sèche ;
- foin ;
- tabac ;
- fumée ;
- astringence ;
- dimension boisée.
Le fournisseur précise aussi que l’extrait apporte une dimension fumée et boisée aux compositions.
Un extrait de thé vert ou un SFE peut être plus vert, sec, métallique ou végétal qu’une absolue.
La teinture
Une teinture de thé est une extraction alcoolique des feuilles. Elle peut donner une impression plus botanique et aqueuse, mais elle contient potentiellement davantage de constituants non volatils. Elle est donc moins standardisée et parfois moins puissante qu’une absolue ou qu’un accord construit.
L’huile essentielle et l’hydrolat
On trouve aussi des huiles ou distillats de feuilles de Camellia sinensis, mais leur profil ne correspond pas nécessairement à celui d’un thé infusé. La distillation peut sélectionner surtout les composés les plus volatils et perdre une partie des molécules formées par l’oxydation, le séchage ou la torréfaction. L’hydrolat de thé vert est beaucoup plus dilué et aqueux. Il est intéressant pour les cosmétiques ou les produits à base d’eau, mais il ne remplace pas une absolue dans un parfum alcoolique.
L’accord de thé
Dans beaucoup de parfums, l’accord de thé est entièrement construit. Il peut contenir :
- des molécules vertes ;
- des aldéhydes de feuille ;
- du linalol ;
- des ionones ;
- des damascones ;
- des matières florales ;
- du maté ;
- des bois ;
- des muscs ;
- des molécules fumées ou torréfiées.
Le nom « thé » décrit alors l’effet final, pas nécessairement la présence de la plante.
La chimie olfactive du thé, expliquée simplement
Il n’existe pas de « molécule du thé ». L’odeur provient d’un grand ensemble de composés présents à très faible dose. Leur profil dépend de la variété, de la récolte, du terroir, de l’oxydation, du séchage, de la torréfaction, du stockage et de l’infusion. Des études ont identifié des dizaines, voire des centaines de composés volatils dans les différents thés.
Les composés verts
Les aldéhydes et alcools issus des lipides, comme l’hexanal ou le cis-3-hexénol, évoquent :
- l’herbe fraîche ;
- la feuille froissée ;
- la sève ;
- le haricot vert ;
- le concombre ;
- le végétal cru.
Ils sont utiles pour construire un thé vert, mais en excès ils donnent simplement une odeur d’herbe coupée.
Le linalol et les oxydes de linalol
Le linalol apporte une facette florale, fraîche, légèrement citrusée et parfois proche de la bergamote ou de la lavande. Les oxydes de linalol peuvent donner une impression plus aérienne, boisée et typique de certains profils de thé.
Les ionones et damascones
Les ionones et les damascones donnent :
- de la profondeur ;
- une facette violette ;
- des fruits secs ;
- de la prune ;
- du tabac ;
- du miel ;
- une douceur florale.
La bêta-damascone peut être extrêmement puissante. Elle est utilisée comme modificateur, souvent à très faible dose, pour donner du relief à un accord de thé noir ou de thé vert.
Les pyrazines et les furannes
Ces composés apparaissent notamment pendant le chauffage et la torréfaction. Ils donnent :
- châtaigne ;
- noisette ;
- céréale ;
- pain grillé ;
- caramel ;
- café ;
- riz soufflé ;
- sucre brûlé.
Ils sont particulièrement utiles pour créer un hojicha, un oolong torréfié ou un thé noir gourmand. Là encore, le dosage est critique.
Les composés soufrés
Certains thés, notamment les thés noirs, torréfiés ou fermentés, contiennent des composés pouvant évoquer :
- le malt ;
- le maïs cuit ;
- la céréale ;
- le bouillon ;
- la pomme de terre cuite ;
- la fermentation.
Ils peuvent apporter beaucoup de réalisme, mais une petite variation de dosage peut faire passer l’accord du « thé chaud » au « légume cuit ».
Le gaïacol et les phénols de fumée
Le gaïacol et les molécules proches évoquent la fumée de bois, le feu, la cendre, le goudron ou le clou de girofle. Ils sont principalement pertinents pour les accords de Lapsang Souchong et de thés fumés.
Comment construit-on un accord de thé ?
Un accord de thé vert
On peut le penser en plusieurs couches :
- Structure verte, avec des notes de feuille, d’herbe et de sève.
- Cœur floral, souvent basé sur le linalol, le jasmin, le néroli ou des fleurs transparentes.
- Facette humide ou aqueuse, pour évoquer l’infusion.
- Accent de feuille cuite ou de châtaigne, si l’on veut un thé plus réaliste.
- Muscs et bois clairs, pour prolonger l’impression.
Pour un thé vert japonais, on peut accentuer la vapeur végétale, les algues, la feuille cuite et la torréfaction légère. Pour un thé vert chinois, on peut aller vers la châtaigne, les fleurs ou les fruits secs.
Un accord de thé noir
On utilise généralement :
- une base florale et fruitée ;
- des facettes miel, tabac ou fruits secs ;
- des bois secs ;
- du foin ;
- des muscs ;
- éventuellement une touche de cuir ou de fumée.
La bêta-ionone, la bêta-damascone, le linalol, le géraniol et les composés fruités peuvent contribuer à ce registre, mais leurs proportions ne doivent pas être copiées directement depuis les analyses du thé. Une molécule présente en très faible quantité peut avoir une influence olfactive énorme.
Un accord d’oolong
L’oolong est souvent construit autour de :
- la fraîcheur verte ;
- une floralité de jasmin ou d’orchidée ;
- une facette fruitée ;
- une impression miellée ;
- éventuellement un effet lacté ou crémeux ;
- du bois ou de la torréfaction.
Il peut être très lumineux ou, au contraire, devenir plus grillé et minéral.
Un accord de thé fumé
Il vaut mieux commencer par un bon accord de thé noir, puis ajouter progressivement :
- des bois fumés ;
- du gaïacol ;
- des phénols ;
- du cade ou du bouleau ;
- de l’encens ;
- des matières résineuses ;
- des notes de pin.
Si l’on commence directement par la fumée, on obtient souvent un accord de fumée qui ne sent plus vraiment le thé.
Un accord de matcha
Le matcha fonctionne bien avec :
- la figue ;
- le sésame ;
- l’orange amère ;
- le jasmin ;
- le lait ;
- le chocolat blanc ;
- le bois de cèdre ;
- le vétiver ;
- les muscs doux.
Thé Matcha 26 de Le Labo est un exemple contemporain de cette lecture : la marque le présente comme une création intime et boisée, davantage inspirée par l’univers du matcha que par la reproduction littérale d’une tasse de thé.
Les associations les plus fréquentes
Thé et agrumes
C’est probablement l’association la plus évidente :
- bergamote ;
- citron ;
- mandarine ;
- yuzu ;
- petitgrain ;
- orange amère.
Les agrumes donnent du dynamisme et de la lumière au thé. C’est notamment la structure historique du thé vert de Bvlgari, construit autour du thé, de la bergamote, du néroli et d’un effet de feuille jeune, végétale et fraîche.
Thé et fleurs
Le jasmin est un partenaire naturel du thé, notamment pour les accords de thé vert et d’oolong. Le néroli, la fleur d’oranger, la rose, l’iris, le magnolia et l’osmanthus sont également utilisés. Les fleurs peuvent rendre le thé :
- plus élégant ;
- plus doux ;
- plus féminin ou plus abstrait ;
- plus floral que végétal ;
- plus diffus.
Le Tea Jasmine SFE de dsm-firmenich est un exemple de matière combinant feuilles de thé vert et jasmin sambac, avec une recommandation d’association avec les agrumes, les bois, les muscs et les ambres.
Thé et bois
Les bois donnent une ossature à la note de thé :
- cèdre pour la sécheresse ;
- santal pour la douceur ;
- vétiver pour l’amertume et la racine ;
- patchouli pour la terre ;
- bois ambrés pour la diffusion ;
- gaïac ou cade pour la fumée.
Le thé noir, le pu-erh et le thé fumé supportent généralement mieux les bois sombres que le thé blanc ou le thé vert très transparent.
Thé et épices
La cardamome, le gingembre, la noix de muscade, la cannelle et le clou de girofle peuvent suggérer :
- un thé chaud ;
- une infusion épicée ;
- le chai ;
- le thé noir oriental ;
- la chaleur d’une tasse.
Les épices peuvent toutefois masquer la finesse du thé. Il faut décider si l’on veut sentir le thé lui-même ou l’atmosphère d’un salon de thé.
Thé et muscs
Les muscs blancs prolongent la sensation de propreté, de peau et de transparence. Ils sont très utiles lorsque l’accord de thé est construit avec des agrumes et des fleurs légères, car ils évitent que le parfum disparaisse trop rapidement.
Thé et gourmandise
Le matcha, le thé noir et le rooibos sont particulièrement intéressants avec :
- la vanille ;
- le lait ;
- le chocolat blanc ;
- le caramel ;
- le miel ;
- le riz ;
- le sésame ;
- le biscuit ;
- la figue.
La gourmandise arrondit l’amertume et la sécheresse du thé. En revanche, un excès de sucre peut transformer l’accord en dessert et effacer le caractère végétal.
Thé et aquatique
Les notes ozoniques, marines et aqueuses peuvent créer une impression de :
- vapeur froide ;
- tasse translucide ;
- brume ;
- fraîcheur minérale ;
- thé glacé.
Elles sont très adaptées aux accords de thé blanc et de thé vert, mais peuvent faire disparaître la dimension botanique au profit d’un parfum simplement marin ou propre.
La diffusion et la tenue
Il est difficile de dire que « le thé tient bien » ou « le thé ne tient pas ». Tout dépend de la matière et de l’architecture du parfum. Un accord de thé vert composé d’agrumes et de molécules vertes sera souvent très lumineux mais relativement fugace. Sa tenue sera améliorée par :
- les muscs ;
- les bois ambrés ;
- le vétiver ;
- le patchouli ;
- les ionones ;
- certains matériaux floraux diffusifs.
Les matières naturelles de thé noir peuvent être plus riches et plus persistantes. Le Tea Black SFE de dsm-firmenich est décrit comme sec, feuillu, foin, tabac, fumé et astringent, avec une dimension boisée.
Mais cette tenue vient souvent des fractions boisées, tabac, résineuses ou musquées de la matière, pas d’une propriété universelle du « thé ».
Couleur, stabilité et formulation
Les extraits naturels de thé peuvent poser plusieurs difficultés :
- variation de couleur selon l’extraction ;
- différences entre les lots ;
- précipitation ou trouble ;
- oxydation ;
- évolution de l’odeur ;
- présence de composés non volatils ;
- sensibilité à la lumière et à la chaleur.
Une absolue ou un extrait riche en matières végétales peut être coloré, alors qu’un extrait distillé ou une reconstruction de synthèse peut être parfaitement transparent. La couleur d’un extrait ne permet donc pas de prédire sa puissance olfactive. Dans une création fine, il est souvent utile de combiner un extrait naturel pour l’authenticité et des molécules de synthèse pour obtenir :
- une meilleure stabilité ;
- une couleur plus claire ;
- une meilleure reproductibilité ;
- plus de diffusion ;
- une tenue plus régulière.
La réglementation doit être vérifiée pour chaque matière, notamment pour les extraits naturels, les allergènes et les composés oxydables. Les données d’un annuaire ou d’un ancien catalogue ne remplacent pas les documents actuels du fournisseur, la fiche de sécurité, la déclaration allergènes et les standards IFRA applicables.
Quelques parfums importants
La grande vague du thé en parfumerie moderne commence surtout dans les années 1990. Takasago considère Eau Parfumée au Thé Vert de Bvlgari, lancée en 1992, comme un élément fondateur de l’essor du thé vert en parfumerie. Il est plus prudent de parler de parfum pionnier que de « tout premier parfum au thé ».
Bvlgari, Eau Parfumée au Thé Vert, 1992
Création de Jean-Claude Ellena. Le parfum associe thé vert, bergamote, néroli et facettes végétales. Bvlgari décrit aujourd’hui une odeur de feuilles jeunes, verte, herbacée et rafraîchissante.
Calvin Klein, CK One, 1994
CK One n’est pas un parfum centré uniquement sur le thé, mais son accord frais, citronné et légèrement vert a contribué à populariser l’idée du thé dans la parfumerie unisexe des années 1990.
L’Artisan Parfumeur, Thé pour un Été, milieu des années 1990
Une lecture fraîche et aérienne du thé, associée au citron, à la bergamote, à la menthe et au jasmin.
Elizabeth Arden, Green Tea, 1999
Un grand classique du thé vert grand public. Le parfum associe thé vert, agrumes, menthe, fleurs et muscs dans une interprétation propre, vive et aromatique.
L’Artisan Parfumeur, Tea for Two, 2000
Une interprétation très différente, basée sur le thé noir fumé, les épices, le miel, le tabac et la vanille. C’est un excellent exemple de la manière dont le mot « thé » peut aller d’une fraîcheur transparente à une chaleur presque gourmande.
Bvlgari, Eau Parfumée au Thé Blanc, 2003
Une version plus douce, musquée, florale et boisée du thème du thé.
Jo Malone, Earl Grey & Cucumber, 2011
Une interprétation fraîche et contemporaine de l’Earl Grey, avec bergamote, concombre, fleurs, cire et muscs. Elle évoque davantage l’univers d’un thé glacé et d’un jardin anglais qu’une feuille de thé réaliste.
Miller Harris, Tea Tonique, milieu des années 2010
Un accord thé, agrumes, maté, épices et bois, avec une facette légèrement amère, herbacée et fumée.
Vilhelm Parfumerie, Dear Polly, 2015
Une interprétation du thé noir, associée à la bergamote, à la pomme, au miel, au bois, à la mousse et au musc.
Nishane, Wūlóng Chá, 2015
Une lecture de l’oolong particulièrement citronnée, florale et fruitée, moins sombre qu’un thé noir et moins herbacée qu’un thé vert classique.
Armani Privé, Thé Yulong, 2020
Le parfum joue sur le contraste entre thé vert frais et thé noir plus fumé, avec des agrumes, des fleurs, de l’iris et du bois.
Le Labo, Thé Matcha 26, 2021
Une interprétation moderne du matcha, plus intime, crémeuse, boisée et légèrement gourmande que littéralement infusée.
Comment sentir et décrire une note de thé
Pour analyser un accord de thé, il est utile de comparer quatre références :
- la feuille sèche ;
- l’infusion ;
- la matière première ou l’accord sur mouillette ;
- le parfum sur peau.
Les lexiques sensoriels du thé distinguent notamment les familles verte, brune, florale, fruitée, épicée, terreuse, boisée, torréfiée, fumée, sucrée, amère et rafraîchissante.
Au lieu d’écrire simplement « ça sent le thé », on peut préciser : « Départ de feuille verte et de bergamote, cœur floral et légèrement humide, puis apparition d’un foin sec et d’un bois doux. » Ou : « Thé noir fruité et miellé, avec un fond de tabac blond, de cuir sec et de fumée de pin. » Quelques distinctions sont importantes :
- vert ne veut pas forcément dire frais : cela peut être cru, herbacé, cuit ou aqueux ;
- tannique décrit surtout une sensation de bouche, pas une odeur proprement dite ;
- minéral est souvent une métaphore olfactive ;
- propre et méditatif sont des impressions émotionnelles ou marketing, pas des descripteurs précis ;
- fumé doit être détaillé : cendre, bois brûlé, goudron, encens ou feu de cheminée ;
- floral doit idéalement être précisé : jasmin, néroli, rose, osmanthus, iris ou fleur d’oranger.
Il faut également sentir l’évolution dans le temps :
- à l’application : agrumes, feuille et fraîcheur ;
- après quelques minutes : floralité et infusion ;
- après une heure : foin, bois, tabac ou musc ;
- au fond : une trace sèche, ambrée, fumée ou musquée.
En résumé
La note de thé en parfumerie est moins une matière précise qu’une reconstruction sensorielle. Elle peut représenter :
- la feuille sèche ;
- l’infusion ;
- la vapeur ;
- la fraîcheur végétale ;
- la sécheresse du thé noir ;
- la floralité d’un oolong ;
- l’amertume verte du matcha ;
- la fumée d’un Lapsang ;
- la terre d’un pu-erh ;
- ou simplement une sensation de calme et de transparence.
Le thé vert est généralement frais, vert et aérien. Le thé blanc est doux et musqué. L’oolong est floral, fruité et modulable. Le thé noir est plus riche, sec, miellé ou tabacé. Le pu-erh est terreux et boisé. Le thé fumé est résineux, cuiré et charbonneux. La plupart des parfums au thé combinent donc une matière naturelle éventuelle avec des agrumes, des fleurs, des bois, des muscs, des molécules vertes, des ionones, des notes fumées ou des facettes gourmandes. C’est cette architecture, plus que la présence d’une seule molécule ou d’un simple extrait, qui fait réellement sentir le thé.
Sources
- https://www.rishi-tea.com/blogs/journal/scent-notes-tea-in-perfumery
- https://premierepeau.com/pages/glossary-terms/tea
- https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/16448203/
- https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC10340347/
- https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC10314214/
- https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/16248572/
- https://pubchem.ncbi.nlm.nih.gov/compound/Guaiacol
- https://www.edenbotanicals.com/articles-and-education/mate-absolute--the-aroma-of-green-tea-tobacco-and-sun-dried-hay
- https://www.teatulia.com/tea-varieties/what-is-yerba-mate.htm
- https://www.scentree.co/en/Tea_leaf_absolute.html
- https://studio.dsm-firmenich.com/product/tea-black-sfe-pe-987717
- https://pubchem.ncbi.nlm.nih.gov/compound/Linalool
- https://www.mdpi.com/2304-8158/11/12/1740
- https://www.lelabofragrances.com/th-matcha-26.html
- https://www.perfumerflavorist.com/fragrance/fine-fragrance/news/21877870/le-labo-launches-the-matcha-26
- https://www.bulgari.com/en-dk/42503.html?srsltid=AfmBOopVVkIrEBH0MfrfIdopO1GaIraZCD8sexX2PufcjReybDG3mez5
- https://www.takasago.com/en/rd/times/vol1.html
- https://studio.dsm-firmenich.com/product/tea-jasmine-sfe-pe-987004
- https://www.jomalone.com/product/25946/15968/colognes/earl-grey-cucumber-cologne
- https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC6342540/


