Notes et matières premières6 min de lecture
La myrrhe, de l'amertume médicinale au baume sombre
Souvent citée à côté de l'encens, la myrrhe en est presque l'opposé. Là où l'oliban rafraîchit, elle assombrit et amertume. Une résine peu employée seule, et décisive dans les fonds.

La myrrhe est presque toujours nommée avec l'encens, ce qui entretient l'idée qu'elles se ressemblent. Elles viennent en effet de régions voisines et se récoltent de la même façon, mais leurs odeurs n'ont presque rien en commun.
L'encens est frais, citronné et minéral. La myrrhe est amère, épaisse et légèrement médicinale, avec quelque chose de terreux qui rappelle le champignon. C'est une matière de contraste, pas de séduction.
Une résine du désert
Commiphora myrrha est un arbuste épineux des zones arides de la Corne de l'Afrique et de la péninsule Arabique. La Somalie et le Somaliland en sont les principaux producteurs, avec l'Éthiopie, le Kenya et le Yémen.
| Étape | Ce qui se passe |
|---|---|
| Incision | L'écorce est entaillée, ou la résine s'écoule d'une blessure naturelle |
| Durcissement | La gomme oléorésine sèche à l'air en larmes irrégulières |
| Tri | Les larmes sont triées à la main par taille et par couleur |
| Extraction | Distillation, ou extraction pour un résinoïde plus épais |
Les larmes de myrrhe sont plus opaques et plus rouges que celles de l'encens, qui sont laiteuses et translucides. La différence se voit à l'œil avant de se sentir.

Ce que la myrrhe sent vraiment
| Facette | Ce qu'on perçoit |
|---|---|
| Amère | Écorce, quinine, une amertume franche et persistante |
| Médicinale | Pharmacie, désinfectant, un peu iodé |
| Terreuse | Champignon, sous-bois, humus |
| Balsamique | Douceur résineuse et chaude en fond |
| Fumée | Discrète, sans combustion |
| Anisée | Une facette légère, sur certaines qualités |
L'amertume est la signature. C'est elle qui rend la myrrhe difficile en solo et précieuse en association : elle empêche un fond ambré de devenir sirupeux, et elle donne aux résines chaudes une arête dont elles manquent.
Ses matières
| Matière | Procédé | Impression |
|---|---|---|
| Huile essentielle | Distillation à la vapeur | Sèche, amère, médicinale |
| Résinoïde | Extraction sur la gomme | Épais, sombre, très fixateur |
| Absolu | Extraction aux solvants | Plus rond, plus balsamique |
| Opoponax | Commiphora erythraea, espèce voisine | Plus doux, miellé, moins amer |
L'opoponax mérite d'être distingué. Vendu parfois sous le nom de myrrhe douce, il vient d'une espèce voisine et donne une matière nettement plus ronde. Beaucoup de parfums annoncés à la myrrhe emploient en réalité de l'opoponax, ou les deux.
Son rôle dans une composition
La myrrhe est rarement une note vedette. Elle travaille en arrière plan, et son intérêt tient à trois fonctions.
| Rôle | Ce qu'elle apporte |
|---|---|
| Contrepoint | Son amertume empêche un ambré de devenir sucré |
| Fixateur | Le résinoïde ralentit l'évaporation des matières volatiles |
| Profondeur | Elle donne une assise sombre sans ajouter de bois |
| Patine | Elle vieillit une composition, lui donne un aspect ancien |
Cette dernière fonction est la plus intéressante. Une pointe de myrrhe suffit à donner à un parfum neuf une impression de matière ancienne, de livre ou d'église. C'est un effet que peu de matières produisent.

Les grands visages de la myrrhe
| Style | Construction | Impression |
|---|---|---|
| Myrrhe liturgique | Myrrhe, encens, cire, bois | Église, pierre, recueillement |
| Myrrhe ambrée | Myrrhe, benjoin, labdanum, vanille | Chaude, dense, la construction la plus courante |
| Myrrhe médicinale | Myrrhe, notes iodées, camphre | Austère, presque hostile |
| Myrrhe gourmande | Myrrhe, amande, miel, fruits secs | Sucrée et amère à la fois |
| Myrrhe cuirée | Myrrhe, cuir, tabac | Sombre, habillée |
| Myrrhe terreuse | Myrrhe, patchouli, champignon, mousse | Humide, végétale, rare |
Avec quoi on l'associe
Avec l'encens. L'association canonique, qui joue sur le contraste entre une fraîcheur citronnée et une amertume sombre. Le détail est dans l'encens en parfumerie.
Avec les résines douces. Benjoin, labdanum et opoponax adoucissent l'amertume et donnent le fond ambré classique, que je décris dans la famille ambrée.
Avec la vanille. Le contraste est frappant : l'amertume empêche la vanille de tourner au dessert. C'est le sujet de la vanille en parfumerie.
Avec l'amande et le miel. Registre gourmand amer, l'une des directions les plus originales de la niche récente.
Avec les bois secs. Cèdre et gaïac renforcent la sécheresse et poussent vers le liturgique.
Les erreurs à éviter
La confondre avec l'encens. C'est l'erreur la plus fréquente. Les deux sont des résines, mais l'une rafraîchit et l'autre assombrit.
L'attendre en tête. La myrrhe est lourde et lente. Elle se manifeste au bout d'une heure, jamais dans les premières minutes, j'y insiste dans notes de tête, de cœur et de fond.
Chercher un parfum de myrrhe. Elle est rarement seule au centre. La chercher comme note dominante mène à peu de résultats, alors qu'elle est présente dans quantité de fonds.
La croire uniquement religieuse. L'imaginaire est puissant, mais la matière fonctionne très bien dans des registres gourmands ou cuirés qui n'ont rien de liturgique.
Comment la reconnaître
Cherchez une amertume sèche qui n'est ni celle d'un agrume ni celle d'une herbe, avec une pointe terreuse de champignon. Si un fond chaud et résineux vous paraît étrangement retenu, sans jamais devenir sucré, c'est probablement elle.
Le repère le plus sûr : la myrrhe laisse une impression de matière ancienne, un peu poussiéreuse, que l'encens ne donne jamais.
Pour la sentir dans plusieurs constructions, il faut un endroit qui propose des maisons différentes : l'annuaire recense les multi-marques de France et de Belgique.
Sources
- Osmothèque, conservatoire international des parfums
- Fragrantica, fiche matière Myrrh, Commiphora myrrha
- Société française des parfumeurs, Classification officielle des parfums
- Normes IFRA, amendements successifs


