Familles olfactives

Familles olfactives5 min de lecture

La famille ambrée, la chaleur d'une peau en hiver

Vanille, résines, épices. La famille la plus chaude de la classification, longtemps appelée orientale. Ce que ce changement de nom recouvre.

Benjoin, encens, labdanum, vanille et cannelle disposés sur une pierre sombre.

C'est la famille de la chaleur : résines, vanille, épices, matières qui enveloppent au lieu de rafraîchir. C'est aussi la seule dont le nom a changé de son vivant.

Cet article appartient à la série que je consacre aux familles olfactives.

Pourquoi « ambrée » et non plus « orientale »

Pendant des décennies, on a appelé cette famille « orientale ». Le terme désignait moins une réalité olfactive qu'un imaginaire occidental : celui d'un Orient fantasmé, fait de bazars, d'épices et de sensualité supposée.

La profession a très largement abandonné ce mot au profit d'ambrée, qui décrit la matière plutôt qu'une géographie imaginaire. Le changement est récent et encore inégalement adopté : vous croiserez les deux termes en boutique, pour la même chose.

1925, la forme fondatrice

Shalimar, composé par Jacques Guerlain en 1925, est le repère historique de la famille. Sa structure est devenue un modèle : une ouverture d'agrume vive, un cœur floral, et un fond de vanille, de benjoin et de résines qui dure des heures.

Gousses de vanille fendues révélant leurs graines, sur un linge de lin.

La vanille est le cœur du registre chaud. La vanilline de synthèse l'accompagne en parfumerie depuis 1889.

Ce que Shalimar établit, c'est un contraste de température. Le froid des agrumes en tête, la chaleur des résines en fond. Sans ce contraste, un ambré devient une masse sucrée sans relief.

Ce qui compose la famille

Matière Caractère Rôle
Vanille Sucrée, lactée, ronde Cœur du registre chaud
Benjoin Résine douce, balsamique, poudrée Liaison et fixation
Labdanum Cuiré, ambré, un peu animal Colonne vertébrale de l'accord ambré
Encens Résineux, fumé, un peu froid Contrepoint sec
Myrrhe Amère, médicinale, terreuse Profondeur
Épices Cannelle, clou de girofle, cardamome Chaleur mordante
Fève tonka Foin, amande, tabac Douceur poudrée

Les sous-familles

Attention au vocabulaire : Fragrantica conserve l'ancien nom et classe cette famille sous l'intitulé oriental. Les sous-familles y portent donc toutes ce préfixe. Ambré et oriental désignent bien la même chose.

Sous-famille Fragrantica Construction Impression
Oriental floral Fleurs blanches sur fond résineux Charnel, capiteux
Oriental fougère Accord fougère sur fond résineux et vanillé Chaud, masculin classique
Oriental épicé Cannelle, girofle, cardamome renforcés Mordant, hivernal
Oriental vanillé Vanille dominante, benjoin, tonka Doux, enveloppant, le plus accessible
Oriental boisé Résines sur santal et cèdre Plus sec, très porté aujourd'hui

Deux formes récentes n'ont pas encore d'entrée dédiée : l'ambré gourmand (caramel, praline, cacao) et l'ambré minéral, relecture contemporaine sur notes sèches et salines, nettement moins sucrée.

Le gourmand mérite une note. On situe généralement sa naissance moderne à Angel de Thierry Mugler, en 1992, dont l'accord patchouli-caramel a créé un genre entier. C'est une branche de l'ambré poussée du côté du dessert, longtemps jugée grand public avant d'être reprise par des maisons de niche qui l'ont complexifiée.

Larmes de résine d'encens et de myrrhe dans une coupelle, fine fumée.

L'encens apporte le contrepoint sec et froid qui empêche un ambré de devenir une masse sucrée.

La famille la plus dépendante de la synthèse

Un ambré contemporain repose largement sur des molécules de laboratoire, et ce n'est pas un secret honteux.

L'Ambrox, mise au point par Firmenich à la fin des années 1940 après l'identification de l'ambroxide, reproduit l'effet de l'ambre gris sans passer par le cachalot. La matière naturelle est aujourd'hui à peu près introuvable et légalement problématique dans plusieurs pays.

La vanilline, molécule de synthèse, est employée en parfumerie depuis la fin du XIXᵉ siècle : Jicky, de Guerlain, en contenait dès 1889. La famille ambrée est donc, dès son origine, une famille de synthèse assumée. J'en parle plus longuement dans matières naturelles ou synthétiques.

Ce qu'il faut savoir avant d'en porter

C'est la famille la plus envahissante. Les matières sont lourdes, elles tiennent longtemps et diffusent beaucoup. Un ambré mal dosé impose sa présence à tout un bureau.Je traite la question de la projection dans sillage, projection et tenue.

La chaleur l'amplifie. Un ambré porté en plein été devient souvent écœurant, là où le même parfum en hiver paraît juste. C'est la famille la plus saisonnière.

Deux vaporisations suffisent. C'est le conseil le plus utile de cet article. Ce qui semble discret sur soi au bout de dix minutes ne l'est presque jamais pour les autres, parce que le nez s'habitue à sa propre odeur.

Comment la reconnaître

Cherchez la sensation de chaleur. Un ambré donne physiquement l'impression de réchauffer, là où un hespéridé rafraîchit et où un chypre reste neutre. Si vous sentez du sucré, du résineux et une densité qui ne s'allège jamais, vous y êtes.

Pour comparer plusieurs ambrés sans saturer, il faut du temps et plusieurs maisons au même endroit : l'annuaire recense les boutiques multi-marques de France et de Belgique.

Sources

  1. Société française des parfumeurs, Classification officielle des parfums
  2. Guerlain, Shalimar, 1925, composé par Jacques Guerlain
  3. Firmenich, mise au point de l'Ambrox à la fin des années 1940
  4. Osmothèque, conservatoire international des parfums

Floriane Bobée

Je tiens l’annuaire des parfumeries de niche en France et en Belgique. Aucune adresse n’y a payé sa place.

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