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Le gourmand, le sucre chauffé et la peau

Une facette dont on connaît la date de naissance commerciale : 1992. Longtemps jugée grand public, elle est devenue l'un des terrains les plus travaillés de la parfumerie de niche.

Caramel ambré coulant, éclats de praline et gousse de vanille sur une pierre claire.

Le gourmand est la facette la plus récente de la parfumerie et la seule dont on puisse à peu près dater l'apparition. Avant les années 1990, le sucré existait, mais il n'était pas un sujet.

C'est aussi la facette la plus mal jugée. Longtemps assimilée au parfum d'adolescente, elle est aujourd'hui l'un des terrains où la niche prend le plus de risques.

Cet article appartient à la série que je consacre aux familles olfactives. Le gourmand n'est pas une famille : c'est un caractère qui les traverse, le plus souvent l'ambrée.

1992, la date de naissance

On situe généralement la naissance moderne du gourmand à Angel, de Thierry Mugler, en 1992. L'accord patchouli caramel y crée un genre entier, et son succès commercial ouvre une voie que la parfumerie n'avait pas explorée.

Ce qui frappe rétrospectivement, c'est l'audace de la construction : un fond terreux et camphré de patchouli sous un sucre franc. Le contraste est ce qui empêche l'ensemble de devenir écœurant, et c'est encore la règle aujourd'hui. Le mécanisme est détaillé dans le patchouli en parfumerie.

Caramel ambré coulant sur une pierre claire, près d'éclats de praline et d'une gousse de vanille.

Un gourmand tient par son contraste. Sans une matière sombre en dessous, le sucre devient vite une masse sans relief.

Ce qui produit le gourmand

Matière ou molécule Ce qu'elle apporte
Éthylmaltol Le caramel et la barbe à papa, la molécule centrale
Vanilline et éthylvanilline La vanille, du dessert au bonbon
Lactones Le lacté, la crème, la noix de coco
Furanones Le fruit cuit, la confiture, le caramel brûlé
Coumarine Le foin sucré, l'amande, la base de beaucoup de gourmands secs
Benjoin et labdanum La douceur résineuse qui donne le fond

L'éthylmaltol est à cette facette ce que la coumarine est à la fougère : une molécule qui a rendu possible un genre. Elle sent le sucre cuit de façon si directe qu'elle demande une main très mesurée.

Les grands visages du gourmand

Style Construction Impression
Gourmand caramel Éthylmaltol, patchouli, praline Le modèle de 1992, dense et projetant
Gourmand sec Coumarine, amande, tabac, foin Sucré sans être collant, très portable
Gourmand lacté Lactones, coco, santal Crémeux, solaire, apaisé
Gourmand cacao Cacao, café, patchouli Amer et sucré, plus adulte
Gourmand fruité Furanones, fruits cuits, confiture Rond, immédiat
Gourmand salé Sucre, notes salines, ambre gris Registre récent, le sel contre le sucre

Le gourmand salé est la direction la plus intéressante des dernières années. En opposant le sel au sucre plutôt qu'en ajoutant du sucre au sucre, il produit des parfums qui restent lisibles pendant des heures. Je décris ce mécanisme dans le salin.

Les familles qu'il traverse

Famille Ce que le gourmand y devient
Ambrée Son terrain naturel, sur fond de résines et de vanille
Boisée Santal crémeux, bois et lait, plus sobre
Hespéridée Agrumes confits, registre récent et très reconnaissable
Fougère Coumarine surdosée, la fougère qui bascule vers le dessert
Florale Floral fruité gourmand, la construction la plus répandue

Éclats de chocolat noir, grains de café et gousse de vanille sur du bois patiné.

Cacao et café donnent au gourmand l'amertume qui le sort du dessert. C'est la voie par laquelle la niche s'en est emparée.

Les erreurs à éviter

Le croire facile. Un gourmand réussi repose sur un contraste. Le sucre seul donne un parfum plat et vite écœurant.

En vaporiser beaucoup. C'est la facette où le surdosage est le plus vite pénible pour l'entourage. C'est le sujet de sillage, projection et tenue.

Le porter par forte chaleur. L'été amplifie les matières sucrées et lourdes. Un gourmand juste en janvier devient souvent excessif en juillet.

Le juger sur sa réputation. Le gourmand a été la facette la plus caricaturée de la parfumerie. Les versions sèches, salées et cacaotées n'ont rien à voir avec cette image.

Comment le reconnaître

Cherchez du sucre cuit plutôt que du sucre cru : caramel, praline, confiture, pain d'épices. Puis cherchez ce qu'il y a en dessous. S'il n'y a rien, le parfum s'effondrera en une heure.

Le repère le plus fiable : un bon gourmand donne envie de sentir son poignet, mais ne donne pas faim.

Pour comparer un gourmand caramel et un gourmand salé, il faut plusieurs maisons au même endroit : l'annuaire recense les multi-marques de France et de Belgique.

Sources

  1. Thierry Mugler, Angel, 1992
  2. Société française des parfumeurs, Classification officielle des parfums
  3. Osmothèque, conservatoire international des parfums
  4. Normes IFRA, amendements successifs

Floriane Bobée

Je tiens l’annuaire des parfumeries de niche en France et en Belgique. Aucune adresse n’y a payé sa place.

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